
Etes-vous toujours en étroite relation avec Sonny Rollins ?
Oui. Nous sommes évidemment très proche l’un de l’autre. Mon oncle est chez lui aujourd’hui. Il a 92 ans. C’est un bel âge. Il parle peu aux médias. Sauf cas exceptionnel. Pour parler avec lui, il faut passer par sa publiciste manager. Elle lui transmet les doléances, et il décide.
Devenir le tromboniste de Sonny après JJ Johnson, ce n’était pas si simple ?
Quand j’ai commencé avec Sonny, j’étais très jeune. J’avais déjà joué avec d’autres saxophonistes. Mais il avait beau être mon oncle, il représentait tellement d’années d’expérience dans l’évolution de notre musique de jazz, qu’il me fallait m’adapter. Les artistes de jazz ont une façon différente aujourd’hui de créer de la musique et de la développer. Pour être dans une formation comme celle de Rollins, il fallait répéter beaucoup, sur scène ou en studio
Quand j’ai commencé, il ne m’a donné aucune partition, pas une seule note à apprendre. Alors j’ai été très surpris.

Il m’a juste demandé d’écouter quelques disques. La seule référence musicale que j’avais de lui, c’était des disques avec JJ Johnson.
Le style de Sonny n’a jamais cessé d’évoluer. Il a tout transformé dans sa technique de jeu. Le son et la complicité qu’il avait avec JJ Johnson à l’époque, n’avait plus rien à voir avec sa musique actuelle. Alors j’ai réalisé que Sonny ne voulait pas refaire, ce qu’il avait déjà joué dans le passé. J’étais jeune, j’avais 24 ans environ quand je suis rentré dans son orchestre. Il voulait développer quelque chose de nouveau avec moi. Et je dois avouer que cela m’a pris du temps pour me sentir bien à l’aise dans sa formation. Il joue tout dans son jeu, la mélodie, le rythme. Il y a tout dans sa manière de pratiquer son instrument. Il était tellement différent des autres saxophonistes que j’avais rencontré dans le passé. Par chance, j’ai eu beaucoup de bienveillance et d’aide de la part de Bob Cranshow . C’était l’un des contrebassistes préférés de Sonny Rollins, qui l’a accompagné une bonne partie de sa carrière de soliste.
Pour moi Ce fut un mentor, un guide dans cette situation. Sonny me demandait simplement d’apprendre ses standards et de les jouer à ma manière en l’écoutant. On improvisait pendant la balances, puis on se lançait sur scène.
Avec Sonny les shows étaient énormes, devant des milliers de personnes dans le monde entier. On croyait savoir ce qu’il allait se passer. Mais la plupart du temps, il nous amenait vers des surprises et beaucoup d’improvisation. Il a toujours eu son répertoire et ses standards, des thèmes qu’il savait qu’il jouerait obligatoirement sur la tournée. Mais chaque concert était différent de l’autre. Il décidait de la set list au dernier moment.
J’ai tellement d’histoires sur cette période. Bob Cranschaw était le seul à savoir ce que Sonny allait faire. Pour le reste de la formation, on devait suivre, imaginer ses créations et l’accompagner. En fait j’avais un jeu très spontané avec Sonny. Et ça fonctionnait bien…
propos recueillis par Robert YVON

