
Ahmad Jamal affichait très souvent ce superbe sourire, comme sur ce cliché saisi à la FNAC de Marseille, le 10 avril 2017. Le pianiste américain populaire, célèbre pour son titre « Poinciana », s’est éteint chez lui à 92 ans. (Photo Robert YVON- reproduction interdite)
Mon souvenir d’Ahmad Jamal : « la simplicité et l’humanisme d’un génie musical »
Quand j’étais tout jeune, mon oncle Robert ne jurait que par Bill Evans et Ahmad Jamal.
Du coup, il m’avait amené à découvrir le jazz par les disques de Bill Evans qu’il avait eu la chance de rencontrer à Nice, et par la musique inspirée d’Ahmad Jamal.
« Le jazz, c’est la musique classique contemporaine »
Ahmad Jamal
Dans les années 90 et 2000 j’ai eu la chance de rencontrer Jamal à plusieurs reprises pour le journal Nice-Matin, pendant et après ses concerts à Nice, Juan, Ramatuelle, Marciac et à Marseille.

Je l’avais vraiment découvert en live à la fin des années 90, après un concert en trio au Cédac de Cimiez, qui marquait son grand retour en Europe.
J’avais adoré cette série de concerts orchestrés par Jean François Deiber, son premier grand agent disparu plus tard des suites d’une longue maladie. Francis Dreyfus avait su lui offrir une nouvelle carrière discographique sur son label Dreyfus Jazz auprès de Michel Petrucciani, Steve Grosman, ou Roy Haynes..
Ce génie musical a donc écrit, et produit ses plus beaux enregistrements entre 70 et 90 ans grâce des rencontres avec des producteurs, agents et amis français.

Disparu à 92 ans, il continuait aujourd’hui encore jusqu’à ces dernière années, à écumer les scènes internationales, et à produire des disques grâce à une autre équipe : Catherine Vallon-Barry et Seydou Barry.
Ces derniers, amoureux de sa musique, ont su lui apporter de nombreuses années productives, des rencontres et des concerts désormais historiques.
Ahmad, a chacune de nos rencontres, me reconnaissait. J’en étais moi même très étonné.
Car Jamal, avait une grande mémoire, un sens profond de l’amitié, un sourire éternel, et une manière de reconnaitre les gens qui aimaient le jazz et sa musique.

A chaque fois que j’évoquais avec lui ma passion pour la musique bleue, il me parlait de Pittsburgh, d’Erroll Garner et de tous ses musiciens qui avaient émergé à côté de chez lui. Le fait d’avoir été au top des ventes de disques de jazz avec son premier trio sur le label Argo, ne lui a jamais donné la grosse tête.
« Je ne suis pas une légende »
Ahmad Jamal
« Je ne regarde jamais derrière moi », disait-il. « Je ne suis pas une légende, en tout cas je ne me considère pas en tant que tel. Je veux continuer à jouer et à créer ma musique »
Il vous disait tout cela avec des éclats de rire qui le caractérisait lorsqu’il se sentait à l’aise.
« Ne parlez plus de jazz, robert, me disait-il. C’est fini ! Le jazz tel que je le conçois c’est de la musique classique contemporaine. C’est cela le jazz. Notre génération va laisser une trace, un style, comme Bach, Beethoven, ou Mozart. A la différence que nous ne laissons pas que des partitions. Il reste des enregistrements de notre musique » …
En perpétuelle quête de nouveaux sons, Jamal, avait écrit avec un album intitulé « Marseille », un des plus beaux hommages à la France. Et c’est dans le rayon disque de la FNAC de la cité Phocéenne, que j’ai revu Jamal pour la dernière fois, le 10 avril 2017. Je l’avais simplement félicité après avoir acheté son disque, et fait la queue avec mon jeune fils de 2 ans pour lui faire dédicacer le disque.

Il était accompagné par ses deux producteurs, et par Mina Agossi, qui chante le thème Marseille sur son disque.
Pour la petite histoire, j’ai su plus tard que mon épouse avait écouté en « live » Jamal alors qu’elle était enceinte de ma belle-fille. Nous avions ce point commun sans le savoir. Et Jamal faisait parti de ces musiciens qui m’ont toujours fait courir. Car je n’aurai manqué sous aucun prétexte un concert près de chez moi.
RIP Ahmad…Les légendes ne meurent jamais.
Robert YVON
