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Sonny Rollins (Photo Robert YVON) – reproduction interdite

Quand le grand Sonny Rollins venait jouer à Jazz à Juan, c’était à chaque prestation un véritable événement. Des concerts à rallonge de près de trois heures, et surtout des morceaux inédits. Une énergie incroyable, une Pinède-Gould de Juan pleine à craquer avec des spectateurs dansant le calypso. Sonny vit aujourd’hui retiré chez lui aux Etats Unis. Son état de santé ne lui permet plus de jouer longtemps du saxophone. A 91 ans, il reste le dernier géant saxophoniste ténor et compositeur de jazz, l’un des derniers temoin de l’ère post-bepop.

Très affaibli lors de son dernier passage à Juan-les-Pins en 2012, Sonny Rollins avait reçu la médaille de la Ville (Photo Robert YVON)

Un petit retour sur son dernier concert à Juan le 18 juillet 2012 s’impose. Sonny avait 82 ans, boitait sur scène à cause de ses hanches bloquées, avait une coiffure étoffée un peu grise, mais une sonorité intacte. Seule ombre au tableau : Sonny s’appuie beaucoup sur les longs solos de ses musiciens, se mettant souvent à l’écart, comme pour passer le flambeau à son talentueux neveu : le tromboniste Clifton Anderson.

Ce soir là, Jean Leonetti le maire d’Antibes, lui a remis en coulisse la médaille de la Ville. Une manière de compléter le prix du Kennedy Center à Washington des mains du président Barack Obama. On savait tous, en écoutant la conclusion du concert (un long « Don’t stop the Carnival ») que ce serait peut-être la dernière fois qu’on verrait Rollins à Juan. Ce soir là, Sonny avait offert au public d’Antibes un thème inédit, une ballade dédiée au tromboniste légendaire Jay Jay Johnson. Comme à chaque passage dans la Pinède-Gould, où « le colosse » nous dédiait un « inédit »… Sonny à Juan, c’est toujours un concert exceptionnel. Parce qu’il y vient pour jouer sa musique. Et surtout pour se détendre.

Des vacances à l’hôtel Juana

A chaque prestation à Antibes, Sonny Rollins avait pour habitude de séjourner quelques jours à l’hôtel Juana, juste en face de la Pinède-Gould de Juan-les-Pins : deux à trois jours de repos, quelques répétitions dans sa suite, une conférence de presse ou une interview en petit comité, et un concert de près de trois heures : Sonny n’a jamais su s’économiser.

C’est l ‘un des dernières survivants de la grande histoire du jazz américain, l’égal d’un John Coltrane (son ami rival à l’époque !) et l’un des plus important créateurs. Et ce, jusqu’au bout de sa carrière

Humaniste et défenseur de la cause des noirs américains, chaque interview reste un véritable exercice pour le journaliste qui le rencontre. Par contre dès que la confiance est acquise, Sonny est capable de vous reconnaître plusieurs années après, se souvenant parfaitement de ce qu’il vous avait dit. Et même d’être capable de reprendre l’interview là où elle s’est arrêtée !

Lors d’une interview.

D’ailleurs, je me souviens d’un entretien où je devais lui poser quelques questions décalées pour le magazine de Nice-Matin. Je dois avouer que je pensais qu’il allait gentiment me prier de passer à autre chose. Or, il a joué le jeu et répondu à toutes mes questions. Des questions basiques du style : ce qu’il aime ? : « La France et les Français, la Côte d’Azur, la cuisine provençale, la solitude, la lecture et les animaux. Et par dessus tout son instrument , Mais je compose tous mes morceaux au piano. »

Ce qu’il n’aime pas, par contre : « L’argent, même s’il faut en gagner pour vivre. Je n’aime pas la société de consommation, les ordinateurs et la méchanceté. » Ce qu’il veut ? Il répond simplement : « Transformer la nature humaine grâce à la musique et la spiritualité. Continuer à vivre loin du monde et surtout encore créer. » Quelques minutes plus tard, comme à chacune de nos rencontres, Sonny prend son instrument et se met à jouer pour la séance de photographies. Une occasion unique d’avoir un « Rollins » inédit en image.

BOB.