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Le jour où j’ai ramené chez lui
le pianiste Michel Petrucciani

Michel Petrucciani (Photo Robert Y VON)- reproduction interdite

J’avais envie de rendre hommage à mon ami, le pianiste Michel Petrucciani mort le 6 janvier 1999 à New-York. Né en 1962, il aurait eu 59 ans le 28 décembre. Michel, j’ai eu la chance de mieux le connaitre grâce à son père, son professeur, son maître, le guitariste toulonnais Tony Petrucciani. Il m’a permis aussi de rencontrer ses deux frères : Louis le contrebassiste et Philippe le guitariste. Mais je vais vous raconter aujourd’hui, un moment unique passé en voiture avec cette légende du jazz.

Le lundi 25 juillet 1994 pour être précis, Michel est l’invité surprise de Liane Foly à Antibes pour interpréter trois standards dont « Misty » qu’elle gravera sur un album live. La pianiste lance alors des accords et des improvisations magiques dans une Pinède-Gould de Juan-les-Pins qui lui est toute acquise.
A la fin du concert, je pars saluer Michel en coulisse. Il m’interroge timidement : « As-tu quelque chose de prévu demain, Robert ? »
Je lui réponds que non. Son visage s’éclaire : « Peux- tu m’amener chez mon père à Toulon ? »

Il savait que Tony était un ami, et que j’adorais faire des surprises. Et cela en était une ! Evidemment. Michel voulait aller voir sa famille sans les prévenir, pour profiter un peu du cocon familial. Comment refuser ? « Ecoutes, si tu fais cette belle surprise à tes parents, je t’accompagne »…

Liane Foly et Michel Petrucciani (Photo Robert YVON) reproduction interdite.

Le lendemain, je passe donc le prendre à l’hôtel Ambassadeur, qui jouxte le Palais des congrès de Juan-les-Pins. Un lieu qu’il affectionnait particulièrement pour y avoir fait le bœuf quelques années auparavant avec le batteur Roy Haynes, le pianiste Dave Kikoski et quelques autres musiciens de jazz.
Il occupe une chambre équipée pour les personnes autonomes à mobilité réduite. Il me demande de l’aider, de lui donner ses béquilles. Nous voilà à peine partis que de très belles femmes l’attendent dans le hall de l’hôtel et l’abordent. Je ne me mêle pas de la conversation, Michel signe quelques autographes puis me fait signe qu’il est temps de partir.

Je gare ma vieille Fiat Punto devant l’établissement hôtelier, j’installe Michel et nous prenons la route pour Toulon.
Je n’oublierai jamais ce voyage qui m’a permis de discuter longuement avec Michel. Il s’est confié comme à un pote de longue date, oubliant pendant près d’une heure qu’il s’adressait à un journaliste. En l’occurrence, il a bien fait. Car je n’ai jamais dévoilé le contenu de ses propos sympathiques.
Je l’ai déposé à Toulon, nous avons bu un verre ensemble. Puis je suis reparti à Antibes.
Michel Petrucciani est mort le 6 janvier 1999 à l’âge de 37 ans. Sa musique est intemporelle.  Il repose au cimetière du Père-Lachaise à Paris.
BOB