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Art et bande dessinée

Hommage : le jazz selon Cabu

Le cadeau de Cabu à Bob (Robert YVON)- (reproduction interdite)

Pendant de nombreuses années, Cabu a été l’auteur qui a dessiné le jazz en club, en festival, et surtout pour Charlie Hebdo. Sa tragique disparition le 7 janvier 2015 lors de l’attentat terroriste contre la rédaction de Charlie Hebdo a marqué tous les esprits. Un hommage s’imposait. D’autant qu’entre Cabu (Jean Maurice Jules Cabut) et le jazz, c’est une véritable histoire d’amour qui ne date pas d’hier. Pour s’en rendre compte, il suffit de se procurer ses ouvrages sur ce thème, dont le dernier (« Cabu Swing ») est un bel exemple. Retour sur ma rencontre avec ce monstre sacré de la bande dessinée et de l’illustration satirique. Mais pas seulement ça…Sa personnalité sympathique, humaniste et caustique nous manque vraiment. Tout comme évidemment ces magnifiques dessins, reconnaissables au premier trait. Voici l’histoire d’une belle rencontre à Antibes le 11 juillet 2014, un de mes meilleurs souvenirs de carrière à Nice-Matin.

Cabu Swing : un livre de dessins et d’anecdotes sur le jazz vu par le célèbre dessinateur. (Photo Robert YVON) – reproduction interdite

En dédicace, Cabu était toujours très généreux avec ses fans. Mais tellement rare, qu’il fallait évidemment ne jamais le louper. A un jour près j’aurai pu le croiser au festival de Marciac dans le Gers, où j’ai eu l’occasion de séjourner. Mais c’est à la maison, à Antibes à la librairie « La Joie de Lire », que j’ai pu le rencontrer. Une rencontre évidemment programmée pour la locale de Nice-Matin, et destinée à évoquer ses souvenirs de « Jazz à Juan », déjà bien écrits et illustrés dans son livre « Cabu Swing ». J’ai donc rendez-vous devant la librairie vers 13 h, ce fameux 11 juillet. Cabu est ponctuel et accompagné de Véronique sa sympathique épouse.

Le courant passe immédiatement entre nous. Surtout lors qu’on commence à évoquer notre passion commune pour le jazz. « Je vous ai vu au Nice Jazz Festival lorsque vous croquiez en direct sur scène la chanteuse canadienne révélée par Quincy Jones : Nikki Yanofsky », lui dis-je. « Elle est jeune belle et terriblement talentueuse », me répond-il. Voulez vous voir mon carnet de dessins « … Comment résister ? On enchaine sur nos musiciens préférés, les pianistes, l’histoire du jazz, nos passions, pour embrayer évidemment sur ses dessins dans Charlie Hebdo.

Puis on évoque ensemble ses derniers séjours à Antibes, sur la Côte d’Azur. « C’était dans les années 60-70, lorsque je venais en vacances à Juan-les-Pins à l’hôtel Provençal. Je payais mes places pour dessiner librement dans la Pinède. Je voulais être un témoin de l’histoire du jazz dans cet endroit mythique. J’ai tout dessiné, tout ce que je voyais : les gens, le décors, les musiciens », m’a t-il confié.

A Juan-les-Pins, il réalise un de ses rêves : voir Ella Fitzgerald et Duke Ellington sur la même scène.  » Je me souviens avoir réalisé une bande pour Charlie Hebdo en 1975, avec Jazz à Juan, Dizzy, Le Provençal, la plage, Oscar Peterson et Count Basie. Le jazz que j’aime, c’est un peu un cimetière maintenant. À Juan, les artistes sont très près de la mer. C’est presque un festival sur l’eau ».

Cabu, le 11 juillet 2014 à Antibes. (Photo Robert YVON)-reproduction interdite.

Puis il poursuit la conversation : « Le jazz doit être spectaculaire. Je me souviens, par exemple, du 11e festival de Juan : Lionel Hampton a réconcilié les fans du jazz traditionnel et ceux du jazz d’avant-garde. En 1970, j’ai publié un dessin dans Le Figaro qui évoque cet esprit de fête avec les gens debout sur les chaises ! J’allais à Juan avec mon carnet de croquis, et je vivais la musique. Parfois je dansais en dessinant. Les dernières années, Miles Davis avait perdu cet esprit. Il avait l’air de faire la gueule au public. C’est dommage ».

Pendant toute l’interview, Cabu dessine. Je ne voit pas son dessin. C’est une surprise. Puis après notre interview-conversation, il me l’offre. C’est tout moi ! Caricaturé. Je l’invite à visiter les locaux de Nice-Matin Antibes. Il salut l’ensemble de l’équipe restant très disponible. Puis il me demande s’il y a un musée du dessins humoristique. Je l’invite à se rendre place Nationale dans le vieil Antibes pour le découvrir. Il y va et découvre avec plaisir la rétrospective Peynet .

BOB.