Victor See Yuen,  le percussionniste, a travaillé aussi avec Rollins. Comme d’autres, il vous suit, n’est -ce pas ?

Victor est un  véritable ami. On se connait  depuis très longtemps bien avant que je rentre dans la formation de Sonny. Il joue dans la plupart de mes shows en Amérique. De nombreux musiciens de Sonny jouent aujourd’hui très souvent avec moi. C’est le cas par exemple du batteur Ronnie Barrage qui a beaucoup travaillé aussi  avec Mc Coy Tiner, Freddie Hubart ou Wayne Shorter.

Depuis quelques temps il fait son propre travail sous son nom. Mais j’ai aussi comme batteur le grand Steve Jordan, ( aujourd’hui avec les Rolling Stones). Il est d’ailleurs  sur mon disque « Been Down This Road. », le disque enregistré juste avant la pandémie.

Pourquoi avoir choisi d’être un musicien indépendant  ?

La raison, c’est que je ne veux pas vendre mes masters, mes enregistrements originaux. Je veux en rester l’unique propriétaire. Pouvoir en profiter.

Aujourd’hui le business dans la musique américaine est devenu terrible.  Lorsque vous signez pour un grand label, il reste  propriétaires de la musique. J’ai enregisté  mon premier disque chez Milestone. J’étais jeune. Quand j’ai relu le contrat, j’ai vu que je leur avais vendu mes masters. J’ai essayé de les racheter mais je n’ai pas pu. Ils ne veulent pas..

Pourtant c’est ma musique. Mais je n’ai pas de possibilité d’en contrôler l’usage. Et cela pour moi c’est insupportable. Après cette expérience, je me suis dit qu’il fallait tout faire, enregistrer, produire et tout faire… C’est très cher tout cela…Je n’ai pas d’expérience…J’ai mis deux ans pour gagner mon pari. J’ai choisi pour mon dernier disque les meilleurs musiciens que je connaissais. Je les ai réuni dans un studio d’enregistrement.

Je suis content du résultat. Mais il y a eu la pandémie, et je n’ai pas pu le défendre sur les scènes internationales. C’est ce que j’ai envie de faire aujourd’hui.Le challenge c’est de voyager maintenant, de montrer ma musique, ce que j’aime faire avec mes propres compositions. Je joue des calypsos moi-même comme Sonny. Mais  j’essaie d’incorporer des styles différents dans mes concerts. J’ai adoré venir jouer avec Sonny à Vienne, Marciac, Nice,  Juan et Monaco. J’aimerai tant y revenir avec ma musique. C’est mon nouveau défi. Mon groupe est fantastique.  Ill me faut juste trouver un agent européen qui ait envie de nous faire venir en septet.

J’échangeais très souvent par mail avec Gerard Drouot qui était l’agent de Sonny en Europe. C’était un grand monsieur qui aimait le jazz. Mais il est mort. Et depuis, c’est compliqué de trouver quelqu’un d’autre qui me donnera cette chance de revenir sur les scènes du jazz français. J’adore la France, la bonne cuisine, la musique et le bon vin. Cette passion, je la partageais justement avec Gérard Drouot.

(Propos recueillis par Robert YVON)

Clifton Anderson (Photo NKW)